Quand les PAN orientent et organisent le travail étudiant
Résultats préliminaires de notre recherche du côté des personnes étudiantes.
L’implantation des pratiques alternatives de notation (PAN) transforme l’expérience éducative étudiante. Après avoir exploré l’effet des reprises sur le stress et l’apprentissage ainsi que l’impact des PAN sur la perception de ce qui constitue une note juste, examinons aujourd’hui les changements dans les habitudes de travail. J’ai demandé à des personnes qui ont vécu un système de notation basée sur les standards similaire à celui décrit dans un billet précédent si elles avaient organisé leur étude différemment dans ce cours.
Il est important de souligner que les choix pédagogiques effectués lors de la mise en place d’un système de PAN comme le nombre d’évaluations, le choix des cibles d’apprentissage et les occasions de reprises influencent directement le vécu étudiant. À travers leurs réponses, nous pouvons constater que plusieurs travaillent différemment! Voyons maintenant ce que révèlent leurs témoignages sur certains choix effectués dans ce système de notation.
Évaluations fréquentes
Dans le système vécu par ces personnes, il y avait un minitest presque toutes les semaines portant sur un objectif du cours. Ces évaluations fréquentes créent des échéances régulières qui encouragent l’étude hebdomadaire. Pour les personnes qui peuvent avoir tendance à procrastiner dans un cours où il y a un petit nombre d’évaluations dans la session, cette caractéristique du système suffit parfois à contrer cette mauvaise habitude.
Plusieurs personnes nous ont d’ailleurs confié étudier plus en continu dans leur cours en PAN : « j’ai vraiment étudié un peu à chaque semaine au lieu de beaucoup pendant deux semaines. Normalement j’étudie beaucoup pendant une ou deux semaines avant l’examen pour que je sois préparé, mais durant le cours de chimie, j’ai étudié un peu tout le temps ». Il est intéressant de noter que cette redistribution du temps de travail encouragée par les évaluations hebdomadaires est aussi observée chez les personnes enseignantes lors de leur correction.
Attentes claires
La notation basée sur les standards implique d’énoncer clairement les cibles d’apprentissage et les attentes qui y sont reliées, d’évaluer directement l’atteinte de ces cibles et de fournir une note qui informe de leur degré d’atteinte. Dans le système vécu par les personnes dont on rapporte ici les propos, les cibles d’apprentissage étaient évaluées une à la fois, ce qui peut aider à bien orienter les efforts lors de l’étude. Une étudiante l’explique ainsi : « exemple […] je sais qu’un examen de mathématique c’est global, je sais pas ce qu’il va avoir. Tandis que chimie, puisque les objectifs ont un titre, tu sais que ça va souvent rester autour de ce titre-là. C’est par exemple que si c’est une addition, c’est nécessairement des réactions d’addition ». Ainsi, comme il s’agit d’une portion de matière bien identifiée, cela permet de savoir exactement ce qui est attendu rendant ainsi les séances d’études plus efficaces et mieux circonscrites.
Au sujet du système de PAN décrit par cette personne, on pourrait s’inquiéter de la fragmentation des savoirs, si tous les objectifs sont ainsi circonscrits, dans des « boîtes ». Bien que ça ne soit pas relevé par les personnes étudiantes dans les entrevues, la conception des objectifs dans ce cours avait été faite de façon à assurer une intégration croissante, les objectifs étant emboîtés les uns dans les autres.
Exigences élevées
Dans le système vécu par les participants et participantes il est nécessaire de démontrer la maîtrise des cibles d’apprentissage du cours pour atteindre la note de passage. Pour chaque cible, les attentes sont élevées : si un seul critère essentiel est manquant, c’est suffisant pour plafonner le niveau à « ça y est presque ». Le phénomène de compensation, c’est-à-dire obtenir la note de passage sans que les compétences n’aient réellement été développées grâce à des points obtenus pour des productions faites en équipe ou pour des tâches simples, n’est donc pas possible dans le système PAN dont il est question ici.
Il faut donc véritablement comprendre, ce qui demande souvent un investissement plus important. Comme l’explique cette personne : « La façon d’étudier était pas la même dans mes autres cours parce que je misais pas autant sur la compréhension dans mes autres cours parce que je peux mémoriser, avoir une bonne note puis après oublier. » Ce témoignage révèle un changement fondamental : dans ce système de PAN, on ne peut plus se contenter de mémoriser pour réussir, il faut travailler pour comprendre.
Possibilité de reprises
Finalement, plusieurs occasions (entre deux et quatre selon l’objectif) de démontrer ses apprentissages étaient prévues au plan de cours. Une fois la maitrisée d’un objectif démontrée, une personne n’avait plus besoin d’être évaluée sur cet objectif. Cette caractéristique du système permet d’éviter le biais de familiarité, qui pousse parfois les étudiants et les étudiantes à concentrer leurs efforts sur ce qu’iels maitrisent déjà plutôt que sur leurs lacunes. En libérant les personnes étudiantes de la nécessité de continuer à prouver des acquis déjà démontrés, ce dispositif les encourage plutôt à cibler les éléments réellement à consolider. Cela ne signifie pas pour autant que ces apprentissages soient abandonnés : rappelons que les objectifs étaient conçus de façon emboitée, assurant ainsi une meilleure intégration et une pérennité des apprentissages.
Dans l’éventualité où les habiletés n’étaient pas maîtrisées, les personnes pouvaient être évaluées de nouveau lors des moments prévus à cet effet et donc elles avaient la chance de retravailler cet objectif. Voici un témoignage en ce sens : « dans les autres cours souvent je suis comme OK j’ai pas compris. […] vu que je vais pas être testée là-dessus, j’ai j’utilisais pas nécessairement la rétroaction du professeur tandis qu’en chimie organique j’étais vraiment obligée. Donc si tu veux avoir une meilleure note à ton prochain mini test, t’es obligé d’aller voir la rétroaction, t’es obligé de corriger tes erreurs. […] Tandis que dans les autres cours si tu fais des erreurs, t’as pas nécessairement l’occasion de t’améliorer. […] Tu vas pas nécessairement retravailler les exercices que tu as eu de la misère». Dans un système habituel, cette personne n’aurait sans doute pas progressé dans ses apprentissages. En retravaillant spécifiquement les apprentissages manquants, elle est arrivée à progresser grâce aux différentes occasions de reprise. Cet extrait met également en lumière le rôle important de la rétroaction dans un tel système puisque c’est elle qui permet de bien orienter les efforts.
La possibilité de reprise n’a pas que des effets positifs sur l’organisation du travail des étudiants et des étudiantes. Certaines personnes continuent de procrastiner, malgré les évaluations fréquentes, et l’expliquent en mentionnant que les occasions multiples réduisent la tension associée aux premières occasions, qui sont habituellement les seules. C’est le cas de cet étudiant, qui reconnait travailler moins lorsqu’il y a des reprises dans un cours : « j’étudiais moins parce que, à la fin, je me disais que j’aurais la reprise ». Cette observation souligne l’importance de bien doser le nombre d’occasions de reprise : en prévoir suffisamment pour permettre les effets bénéfiques décrits précédemment, mais pas au point d’encourager la procrastination. Ce principe est souvent décrit comme la « rareté artificielle » des occasions de reprise, qui peut être bénéfique pour l’organisation du travail et, ultimement, pour l’apprentissage.
Les occasions de reprises donnent aussi plus de flexibilité aux personnes étudiantes dans l’organisation de leur travail. Cela leur permet de prioriser certaines disciplines lors de leur étude dans les périodes chargées en examen. C’est ce que relate cette étudiante : « y’a des fois que j’ai priorisé mes autres examens dans d’autres cours au lieu des minitests en chimie. Parce que je savais que je pouvais me reprendre. Donc des fois, oui je donnais pas le meilleur de moi-même pour ce mini test-là, mais c’était vraiment pour que pour avantager mes autres cours et tout ça vu que j’avais des plus gros examens ». Cette flexibilité due aux occasions de reprises confère donc aux étudiantes et aux étudiants une plus grande autonomie dans la gestion de leur charge de travail et de leurs priorités académiques.
Conclusion
L’ensemble de ces témoignages souligne l’importance de concevoir son système d’évaluation de manière réfléchie puisque les différents paramètres retenus (fréquence d’évaluation, formulation des objectifs d’apprentissage, seuil de maîtrise requis, nombre d’occasions de reprise) ont des impacts sur l’expérience étudiante. Dans ce cas-ci, les témoignages montrent que les PAN ne modifient pas seulement le moment où les étudiants et les étudiantes étudient, mais aussi comment ils le font et dans quel but (pour apprendre, pour progresser). Avec le système étudié dans notre recherche, plusieurs personnes ont mentionné étudier plus régulièrement et plus en profondeur. En tant que prof, c’est exactement ce genre de méthode de travail que j’espère favoriser!

