Susciter l'adhésion au système d'évaluation et de notation
Suggestions d’interventions en classe tout au long de la session
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À l’instar de tout ce qui mérite d’être appris, comprendre le fonctionnement d’un système de notation alternative prend du temps et de la pratique (Clark, 2023, traduction libre).
Une compréhension à échafauder
La première fois que j’ai enseigné un cours dans lequel j’utilisais la notation basée sur les standards, et que je l’ai annoncé aux personnes étudiantes, j’ai observé des réactions variées. Une personne a littéralement sauté dans les airs avant de me supplier de convaincre ses autres enseignantes et enseignants d’utiliser la même méthode. Plusieurs autres, sceptiques, émirent des doutes quant à la possibilité pour les multiples occasions d’être vraiment sans pénalité. Plusieurs se tenaient coites, peut-être méfiantes.
Comme nous l’avons découvert par la suite, à quelques exceptions près, les personnes étudiantes, apprécient les PAN et peuvent en tirer profit.
De manière générale, l’impression étudiante de la notation par spécifications tend à être positive, de même qu’elle apparait s’améliorer au fil d’un cours. Les réactions négatives à cette notation pourraient être causées par le peu de familiarité avec cette approche de la notation – parce que beaucoup de personnes étudiantes sont habituées à la notation traditionnelle avec des points – ou à des choix spécifiques dans la conception des cours (Howitz et al., 2025, traduction libre).
Le problème, c’est que différentes personnes comprennent le système à différents rythmes et de différentes manières. Comme le souligne la citation en exergue, comprendre les pratiques alternatives de notation implique un apprentissage.
À ce titre, il convient d’accompagner les étudiantes et les étudiants dans leur découverte de ces pratiques, tout au long de la session. En effet, plusieurs moments constituent des occasions naturelles pour expliquer le fonctionnement du système sous différents angles et pour en valider les choix. Voici quelques suggestions d’interventions à déployer au fil de la session, pour favoriser les échanges constructifs et ultimement susciter l’adhésion aux PAN.
Au début de la session
Lors de vos premières séances de cours, résistez autant que possible à l’envie de tout expliquer dans les moindres détails. Il est préférable de briser la glace à propos des pratiques de notation en amenant votre groupe à réfléchir aux raisons qui vous poussent à les adopter. Vous pourriez par exemple réaliser un sondage avec les deux questions suivantes. « Dans quoi êtes-vous bon ou bonne ? Comment êtes-vous devenu(e) bon ou bonne dans cette activité? »
Image 1. Nuage des réponses à la deuxième question brise-glace lors d’une première séance de cours
Après ce sondage, dans le cours que je mentionnais plus tôt, j’ai projeté l’image ci-dessus à l’écran. Tel que je l’espérais, les personnes présentes étaient alors curieuses d’en savoir plus sur un système qui leur permettrait de se pratiquer sans pénalité sur leurs notes. Ainsi, elles s’intéressaient à ce qui constitue le pilier central de nos pratiques.
Si c’est davantage l’équité qui vous anime, un graphique comme celui d’un billet précédent, qui illustre comment ces pratiques témoignent avec davantage de justesse des acquis, peut être utile.
Si vous préférez plongez dans l’action, essayez ce qui suit. Choisissez une première activité d’apprentissage où vous pouvez rapidement donnez des notes et de la rétroaction. Pour sauver du temps, formez des équipes. Allouez suffisamment de cycles de rétroaction et de révision pour que toutes les équipes obtiennent un résultat satisfaisant. Si une ou des équipes tardent, permettez aux autres de les aider. Comparez à la fin de l’exercice des notes finales calculées habituellement à des notes finales construites de manière alternative. Sondez informellement à ce sujet les préférences de votre groupe : elles devraient vous plaire.
Enfin, rassurez les personnes présentes : vivre les PAN est ce qui les rend claires, et vous serez là en cours de route pour répondre aux questions qui surgiront.
À tout moment de la session
Continuez à évoquer périodiquement vos raisons d’adopter les PAN. Assumez et affichez la volonté d’améliorer vos pratiques et l’ouverture à la rétroaction qui vous poussent à adopter ces pratiques ; après tout, c’est exactement cela que vous espérez susciter chez les personnes étudiantes. Si vous le pouvez, vers le milieu de la session, puis vers la fin, sollicitez une rétroaction anonymisée de leur part à propos du système. Si des aspects de votre système ne semblent pas porter les fruits espérés, et qu’ils peuvent expliquer que les étudiants et les étudiantes n’y adhèrent pas, discutez-en et tentez des ajustements. S’il n’est pas possible d’effectuer ces ajustements au fil de la session, considérez-les pour une prochaine session. Donnez l’exemple !
Aussi, à chaque nouvelle notion que vous abordez, soulignez la clarté de la ou des cibles qui la concernent. Puis, attirez l’attention sur les critères de ces cibles que vous rendrez disponibles et que vous passerez en revue. En outre, garantissez que vous vous en tiendrez à ceux-ci, et à rien d’autre. Profitez-en également pour situer cette notion dans la structure générale du cours, en illustrant par exemple comment elle est préalable à une autre ou comment elle en intègre une ou plusieurs autres. Même si cet agencement des contenus et des cibles vous semble manifeste, il l’est bien moins pour les personnes étudiantes. Vous ne perdrez pas votre temps, au contraire : comprendre la structure de ce qui est à l’étude est un déterminant de l’apprentissage. Les cibles clairement définies vous donnent un avantage considérable à cet égard.
Avant et après une évaluation
Préparez vos étudiantes et vos étudiants à leur évaluation, en soulignant d’un côté qu’il s’agit d’une occasion à ne pas manquer de démontrer leurs apprentissages. Ainsi, pour apprendre, ils et elles devraient saisir cette occasion au meilleur de leurs capacités. Dans le meilleur des cas, cela libérera du temps pour d’autres apprentissages, et dans tous les autres cas, une rétroaction leur sera fournie. Explicitez que l’utilité de cette rétroaction sera proportionnelle à deux facteurs : l’authenticité du travail remis, puis la quantité et la qualité des efforts fournis.
De l’autre côté, rassurez-les en précisant qu’il s’agit d’une occasion parmi d’autres, pour les aider à juguler leur stress de performance, évidemment contre-productif pour démontrer leurs apprentissages. Au moment de l’évaluation, invitez-les à saisir l’occasion même s’ils et elles ne se sentent pas prêtes. Toute activité d’évaluation est une mise en action, et toute mise en action est une occasion d’apprendre. Vous pouvez même répéter ce message pendant l’activité, si elle a lieu en classe.
Avant et après cette occasion d’évaluation, montrez-leur aussi comment elles peuvent s’autoévaluer, pour guider leur apprentissage, en se servant de l’énoncé de la ou des cibles et de leurs critères.
Enfin, en notation basée sur les standards ou en notation par spécifications ou par contrat, je recommande chaudement la distribution aux personnes étudiantes d’un outil de suivi de la réussite. Cet outil peut être matériel, sur une feuille par exemple, ou électronique. Dans tous les cas, il doit leur permettre d’aisément noter leur niveau d’atteinte des cibles d’apprentissages, ou de réalisation des productions pertinentes, et de déterminer le travail à accomplir pour atteindre un niveau final souhaité. Prendre le temps d’actualiser cet outil en classe après chaque remise d’évaluation corrigée est un levier, d’une part, pour responsabiliser les personnes étudiantes quant à leurs apprentissages, et d’autre part, pour favoriser l’émergence des discussions sur le système. Après tout, une des préoccupations récurrentes des personnes étudiantes est de prédire leur note finale. Cet outil fait exactement cela. Comprendre l’outil et s’en servir, c’est comprendre le système de notation.
En dénotation, je recommande plutôt d’échanger, après certaines activités d’évaluation, avec chacune et chacun afin de développer une vision commune de leur progrès dans le cours. Clarifiez ensemble ce qu’il leur reste à accomplir pour réussir le cours, atteindre leurs objectifs personnels ou obtenir une note finale souhaitée, s’il y a lieu1.
Lors de la remise de la première activité d’évaluation corrigée
Dans un cours où la notation est habituelle, la remise de la première évaluation corrigée est un moment marquant. Souvent, la relation pédagogique se transforme, assombrie par l’utilisation pour une première fois de la punition ou de la récompense qu’implique la note définitive accordée à l’évaluation. Avant cette remise, la personne enseignante était présente pour guider, pour accompagner les apprentissages. Avec cette remise et toutes les subséquentes, elle juge et elle distribue les sentences.
Il est possible que l’appréhension de cette relation de pouvoir, à cause de l’habitude, habitent les personnes étudiantes, même dans votre cours en PAN. C’est pourquoi, si elle est accompagnée d’une note, la remise de la première évaluation corrigée est un moment crucial pour remettre les pendules à l’heure. La formulation des niveaux d’atteinte devrait signaler la possibilité de progrès, le caractère potentiellement transitoire de la note accordée. Profitez-en, rappelez que la note est un signal synthétique sur le niveau perçu du développement des habiletés au moment de l’activité d’évaluation, et non un jugement définitif sur la personne.
Devant les personnes qui sont surprises de ne pas avoir encore atteint la cible, rappelez que vos attentes sont probablement plus élevées qu’elles n’en ont l’habitude, justement parce que vous croyez en leur potentiel, et que vous leur offrez davantage d’occasions de réaliser ce potentiel. Surtout, insistez à l’effet que la rétroaction fournie est un guide pour se préparer à la prochaine occasion. Accordez-leur le temps de vivre leurs émotions, puis indiquez leur comment utiliser la rétroaction de manière constructive.
Autour d’une énième occasion
L’utilité d’une énième occasion pour démontrer ses apprentissages est intimement liée à la métacognition. Il est donc pertinent d’inviter les personnes étudiantes à réfléchir à propos de leurs apprentissages, formellement ou informellement. Cela peut indirectement influencer leur adhésion aux PAN.
Certaines personnes enseignantes choisissent d’appliquer un ticket modérateur aux occasions multiples. Ce ticket peut prendre la forme d’une réflexion ou d’une preuve d’engagement de bonne foi dans l’apprentissage : des traces d’exercices réalisés, une discussion sur la matière lors des heures de disponibilité, etc. Lorsque ce ticket est présenté, une autre occasion d’évaluation est octroyée.
Autant que possible, cultivez l’autonomie des personnes étudiantes en leur permettant de choisir les cibles à reprendre ou les travaux à réviser. De plus, invitez-les à user de stratégie, c’est-à-dire à considérer l’importance relative des cibles en relation avec les efforts requis pour les atteindre. Invitez-les aussi à user de tactique s’il y a lieu, c’est-à-dire à prendre en compte le temps disponible lors d’une activité d’évaluation pour tenter de démontrer leurs apprentissages sur un nombre raisonnable de cibles.
À ce sujet, mettez-les spécifiquement en garde contre le piège sournois de la méthode dite « du tromblon ». En effet, lorsqu’elles essaient de démontrer leur atteinte d’une grande quantité de cibles, sans avoir mis le travail nécessaire pour en atteindre aucune, les résultats sont aussi décourageants que prévisibles.
Lorsque les personnes étudiantes rencontrent des défis ou vivent du découragement
Parfois, la conception des PAN qu’ont certains élèves plus discrets pourrait vous surprendre. Par exemple, après avoir démontré l’atteinte de la cible à la troisième occasion, un élève m’a confié avec tristesse qu’il craignait que ses deux premiers « échecs » l’empêcheraient nécessairement d’obtenir une bonne note finale. Malgré toutes mes explications précédentes, et qu’il se soit effectivement prêté à l’exercice des reprises, cet élève restait persuadé que la note finale se composait de manière habituelle. Cette incompréhension, demeurée latente, générait de l’anxiété. C’est finalement grâce à l’expression de sa crainte que nous avons résolu ce malentendu.
En plus du temps requis pour comprendre que le système ne vise pas à les punir, certaines personnes peuvent prendre du temps à réaliser que le système intègre des accommodements. Quand elles rencontrent des difficultés qui s’avéreraient insurmontables dans le cadre de pratiques de notation habituelle, comme devoir s’absenter à une activité d’évaluation importante en classe, les PAN brillent par leur flexibilité naturelle. Ne manquez pas de le souligner. Surtout, profitez de l’absence de punition, et de la peur qu’elle entrainerait, pour engager un dialogue honnête avec la personne vivant des difficultés. Portez ensemble un regard attentif sur ce qu’elle est en mesure d’accomplir, malgré ses circonstances, pour apprendre et démontrer ses apprentissages. Bref, demeurez à l’écoute. Effectivement, certaines personnes adhèrent aux PAN à ces moments où elles découvrent qu’elles peuvent vous accorder leur confiance.
En fin de session
La fin de session avec des PAN diffère notamment de celle vécue avec des pratiques habituelles de notation. En effet, en plus de la limite du nombre d’occasions pour démontrer les apprentissages, étant donné le temps limité dans une session2, les pratiques habituelles imposent la limite artificielle du cumul de points. Une personne pourrait avoir ultimement démontré son atteinte des cibles, et quand même échouer à accumuler suffisamment de points pour réussir le cours. Avec les PAN, cet obstacle disparait. Vous pouvez donc encourager toutes les personnes étudiantes qui ont encore des occasions de démontrer leurs apprentissages, même celles dont les notes intermédiaires sont décevantes.
Il demeure pertinent, parce qu’une grande partie de leur scolarité précédente leur a enseigné le contraire, de leur montrer qu’il est permis d’espérer un revirement de situation en fin de session quant à la note finale, à condition bien sûr de réaliser les apprentissages prévus. Dans certains cas, nous avons observé des progrès dans l’atteinte des cibles qui défiaient nos prévisions. Tant que vous y croyez, vous donnez la chance aux personnes étudiantes d’y croire elles-mêmes.
Conclusion
Pour apprécier votre système de notation, ce qui contribue à une ouverture à la rétroaction et à un engagement dans leur apprentissage, vos étudiants et étudiantes doivent non seulement le comprendre, mais aussi être en mesure de dialoguer à son sujet avec vous, par exemple pour exprimer leurs craintes ou des critiques potentiellement légitimes. Une explication unique au début de la session ne suffira pas pour la plupart des personnes. Heureusement, la session regorge de moments opportuns pour provoquer la discussion sur le système. À tous ces moments, la cohérence, entre les modalités du système que vous aurez choisies, votre attitude, les ajustements que vous apporterez s’il y a lieu, et votre discours, sera un élément clé pour gagner leur confiance, et ainsi susciter leur adhésion à ces pratiques. Surtout, comme pour tout le reste, accordez-vous le même droit à l’erreur et à la croissance que vous leur accordez. Il s’agit du modèle le plus inspirant que vous pouvez offrir.
Références des citations
Clark, D. (2023, septembre 11). Whoops [Blogue]. Grading for Growth. https://gradingforgrowth.com/p/whoops
Howitz, W. J., McKnelly, K. J., & Link, R. D. (2025). Delving into the Design and Implementation of Specifications Grading Systems in Higher Education. Education Sciences, 15(1), 83. https://doi.org/10.3390/educsci15010083
Cela dit, la dénotation est le sous-ensemble des PAN que je connais le moins. Si vous avez d’autres suggestions à ce sujet, j’aimerais vous lire ou vous entendre!
Il m’arrive de rêver de dynamiter cette limite, en imaginant un système scolaire complètement différent. Ce que je propose ici s’applique dans notre système actuel.


